La fontaine Sainte-Radegonde – Cagny – Normandie

Dans une courbe de la rue de la poste (autrefois rue du Bout des Recarts et rue de la Fontaine) on distingue, en bordure de la propriété, une grande construction dont la discrétion cache l’existence. Insérée dans un écrin de verdure entre la rue et l’étang, c’est un endroit agréable, ombragé, dont le calme est propice au repos et à la méditation.

Il s’agit de la source de Sainte-Radegonde.

Elle sourd en contrebas d’un petit escalier de trois marches et s’étend sur quatre à cinq mètres carrés. Cernée de rochers artificiels, elle se situe au centre d’une construction composée sur trois côtés de grands arcs surbaissés sobrement ornés de grappes de raisin et de feuilles d’acanthe. Le quatrième côté, adossé à un grand mur de propriété mitoyen de la rue, supporte une jolie reconstitution de grotte en rochers artificiels au milieu de laquelle se dresse, à plus de deux mètres de hauteur, la statue de Sainte-Radegonde réalisée en pierre de Caen en 1998 par le sculpteur caennais Roland Moulin. A ses pieds, trois margelles en forme d’étagère permettent de poser des fleurs, des cierges, des offrandes : de l’argent, mais aussi de tout petits sacs de toile contenant de l’avoine qui se trouvait picoré par les oiseaux.

Presque au ras du sol, sur la droite, accolé au mur, on peut lire le début d’un poème que voici :

« En ces temps obscurcis des cendres du passé
Quel est ce rayon plongeant dans l’eau profonde
Attirant fascinant tout ce peuple lassé
C’est ton sceptre royal Sainte-Radégonde
O Reine ô sainte ô mère égide des souffrants
Ange de la patr… « 

Le reste est cassé. A en juger par les traces de la partie manquante c’est environ la moitié du poème qui a disparu. Il était signé d’une dame, peut-être la châtelaine de Cagny, ou une de ses proches (Madame de…), peut-être madame d’Aubigny, les mémoires ne sont plus très sûres.
On l’ignore quand cette source a été dédiée à Sainte-Radegonde. A en juger par la plaque émaillée retrouvée lors de sa restauration (DUMAS, Marbrier rocailleur rue Ecuyère à Caen) la construction date probablement du début du XIXe siècle.
Louis Mesnage jouissait d’une grande estime de la population. Officier de Napoléon, de retour de captivité en Russie, il fut maire de 1815 à 1824 et procéda à à un remembrement de ses terres.
On pense que c’est à cette occasion que fut édifiée la fontaine Sainte-Radegonde.
Autrefois, cette source était connue dans la région pour ses vertus thérapeutiques des maladies de peau. Avant la guerre des gens venaient en taxi puiser de son eau dans des bouteilles en grès. Les cas de guérison étaient nombreux, dit-on.
L’eau de la source soignait aussi les maladies des yeux.

En 1990, on a encore vu des gens venir y prendre de l’eau.

Source : mairie de Cagny.

 

Un peu d’histoire : Sainte RADEGONDE

Radegonde est née en Thuringe vers 520. Clotaire 1er, fils de Clovis, l’oblige à l’épouser, la faisant ainsi Reine des Francs, et fait assassiner son frère. Elle s’enfuit alors pour devenir religieuse et Saint Médard, évêque de Noyon, la consacre diaconesse. Radegonde devient alors simple moniale et fonde le monastère de Sainte-Croix à Poitiers et, pendant une trentaine d’années, elle y mène une vie de prières et soigne les malades avec beaucoup de dévouement. Elle meurt en 587 et est enterrée dans la Basilique Notre-Dame de Poitiers.

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Légendes autour de la sainte : Le miracle des avoines, une légende apparue au XIIIe siècle.

Clotaire, qui avait d’abord accepté la vocation de la reine, changea d’avis : il envoya une troupe à Saix pour la ramener à la cour. Lorsque les soldats s’annoncèrent en vue de Saix, Radegonde s’enfuit vers le Sud à travers un champ d’avoine que des ouvriers étaient en train de semer. C’est alors que se produisit le miracle des avoines, la sainte reine fit instantanément pousser l’avoine pour s’y cacher. Questionnés par les poursuivants, les moissonneurs, purent affirmer qu’ils n’avaient vu personne dans le champ depuis le temps où cette avoine avait été semée. À partir de ce moment, Clotaire lui laissa suivre son chemin vers une vie consacrée à la religion.

Sainte Radegonde entretenait de pieuses relations avec saint Junien, le saint patron des laboureurs du Poitou, lequel exerçait son sacerdoce à Mairé-Lévescault (79). Ils s’étaient mutuellement promis de prévenir le survivant par l’envoi d’un messager, dès que l’un d’eux viendrait à mourir. La providence voulut qu’ils rendirent l’âme tous les deux au même instant, ce mercredi 13 août 587. Si bien que les deux messagers, engagés chacun pour porter avertissement à l’autre que l’un d’eux venait de décéder, devaient se rencontrer à mi-chemin en un lieu nommé Troussais, paroisse de Ceaux En Couhé (86).

Des reliques de la sainte sont réputées se trouver dans l’église Sainte-Radegonde de Colomiers, en l’occurrence 2 phalanges de la main.

De nombreuses fontaines « miraculeuses » portent son nom en France.